SYNERGIE PAYSANNE, Un syndicat paysan dont la légitimité est reconnue au Bénin et dans la sous-région dans sa lutte pour une politique foncière responsable.

Synergie Paysanne, le Syndicat National des Paysans du Bénin,dans sa noble mission de défense des intérêtsdes paysans du Bénin et de la prise en compte de l’agriculture familiale durable dans les politiques agricoles nationale et sous régionale, à travers ses luttes, s’est imposé au fil des années au Bénin et dans la sous-région comme un référent thématique légitime du foncier rural et ses questions connexes.

Les premiers pas de SYNPA dans le monde syndical…

Fondé en 2002 par de jeunes agriculteurs diplômés, ayant des difficultés d’accès à la terre, Synergie Paysanne, premier syndicat paysan béninois compte aujourd’hui 2670 membres dans les douze (12) départements du Bénin. Créé dans un contexte marqué par la multiplication, depuis les années 1990, d’ONGet d’organisations paysannes,SYNPA s’est toujoursdifférencié des ONG, des projets, mais aussi des organisations paysannes financées et structurées par l’Etat, jouant plus le rôle de « réceptacles mécaniques des décisions politiques que de revendication et de prise de décision développant des stratégies d’influence ». Ainsi, grâce à l’appui de ses partenaires,le syndicat s’est peu à peu construit et s’est  mobilisé successivement pour l’agriculture familiale (depuis 2002) et contre les OGM et les agro carburants promus par le Gouvernement Béninois (2008). Cette promotion des agro carburants par le gouvernement favorisait l’achat et l’accaparement massif des terres par les firmes industrielles étrangères productrices d’agro carburants.

SYNPA, principal acteur de la lutte contre l’accaparement des terres…

En 2008, pendant que la lutte contre les agro carburants battait son plein, la question des

«accaparements fonciers» a émergé et est médiatisé par l’ONG internationale GRAIN. SYNPA étant en partenariat avec cette ONG, s’empara de la problématique et futl’une des premières organisations béninoises à la mettre sur la place publique. Il en fait désormais son cheval de bataille.Ainsi en 2009, SYNPA commandite plusieurs enquêtes et études qui révèlentque 45% des terres agricoles sur la commune de Djidja ont été vendues à des investisseurs internationaux (21 % des acquéreurs) mais surtout nationaux (fonctionnaires, hommes politiques, groupes religieux). Face au choc de ces chiffres, Le syndicat mène une campagne au ton altermondialiste avec le slogan « préservons nos terres de la faim des multinationales et de l’agrobusiness ». Il organise de multiples ateliers pour informer les paysans sur les risques de dépossession de leurs terres. Il promeut des contrats auprès des propriétaires et des maires, pour faciliter l’accès des paysans aux terres thésaurisées (contrats d’amodiation, prêt, donation de terres). Il obtient des maires de Djidja et de Za-Kpota un moratoire sur les ventes et il soutient juridiquement en 2007 des paysans de Gbahouété emprisonnés pour avoir occupé leurs terres, vendues à leur insu au député Séfou FAGBOHOUN.

2010-2013, SYNPA focalise sa lutte pour un code foncier qui combat l’accaparement et la thésaurisation des terres…

Dans sa lutte contre l’accaparement de terre, SYNPA découvre, en mars 2010, le projet de Code Foncier et Domanial lors du séminaire national de présentation de la deuxième version du texte. Sitôt il cherche à avoir les versions du projet de code afin de l’étudier. Le processus d’élaboration opaque l’oblige à utiliser des relais au sein du ministère de l’agriculture pour accéder aux versions du projet de Code. Appuyé par des juristes et experts mis à sa disposition par ses partenaires, SYNPA découvredans ces premières versions des propositions d’articles qui favorisent toujours les accaparements de terre.

Dans un discours altermondialiste SYNPA dénonce un code au service des investisseurs étrangers, qui remet en cause l’agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire. Il concentre ses revendications sur les risques les plus forts. Il veut interdire l’achat de terres par les étrangers, fixer à 100 hectares la superficie maximale d’achat pour un individu (au lieu de 1000 proposé dans le projet de Code) et obliger à mettre en valeur les terres en jachère pour lutter contre la spéculation foncière. Il investit plusieurs formes de mobilisation : il lance une pétition qui recueille 5000 signatures, il organise et préside une « alliance pour un code foncier responsable et équitable qui réunit onze ONG et réseaux d’ONG ayant une forte légitimité médiatique et politique au Bénin ». En 2012, il organise un séminaire parlementaire pour présenter ses analyses et revendications aux députés avant l’examen du projet de Code, organise un débat télévisé très offensif la veille du vote. Ces mobilisations influent sur le débat au parlement, au sens où les députés y font référence. Mais, in fine, le Code est voté à l’unanimité. SYNPA et l’Alliance ont gagné sur la durée de jachère, mais ont perdu sur leurs deux principales revendications.

Dans cette lutte, SYNPA a acquis une reconnaissance institutionnelle : il a créé une alliance informelle d’intérêts avec une direction du ministère de l’agriculture ; il a réussi à participer aux travaux en commission parlementaire (au sein desquels la société civile n’a normalement pas accès). Il est invité dans les groupes de travail sur le foncier. Il a gagné ainsi au plan national et international  une grande légitimité sur les questions liées au foncier. Mais il ne s’est pas arrêté seulement au vote du code.

SYNPA plaide pour la vulgarisation et la mise en application du code foncier et domanial (CFD)

Après son vote, le syndicat grâce à l’appui de ces partenaires lance une vaste campagne de vulgarisation de ce code auprès des paysans du Bénin. Devenue la référence au sein des organisations paysannes et de la société civile sur la thématique du foncier, SYNPA est dès lors associé aux différentes étapes de mise en œuvre dudit code. A ce titre il siège au Conseil d’Administration de l’Agence Nationale du Domaine et du Foncier(ANDF) instaurée par le code foncier et domanial comme la plus haute institution foncière et domaniale du Bénin, désignée par la faitière PNOPPA pour représenter les OPA. Au sein de cette institution, il participe à l’élaboration des décrets d’application de ce code et veille à sa mise en application efficace.

En 2017, lorsque le nouveau régime au pouvoir décide de modifier le CFD à l’insu des organisations de la société civile, SYNPA à travers son dispositif de veille a tout de suite réagit et alertée une fois de plus l’opinion nationale pour dénoncé le caractère non inclusif de ce processus. Il réactive l’alliance pour un code foncier consensuel et socialement juste qui, à travers des sorties médiatiques, veille à la sauvegarde des acquis du code foncier et domanial et plaide pour la prise en compte de certaines de leurs revendications restées non satisfaites lors de l’élaboration du code foncier et domanial en 2012.

Tout ce processus de plaidoyer de lutte sur le foncier pendant plus d’une décennie a fait de SYNPA, une organisation ressource, experte sur le foncier au Bénin et dans la sous-région reconnue par le Rapport de l’étude de l’UEMOA 2016 sur les marchés fonciers en Afrique de l’Ouest. Cette reconnaissance lui vaut le titre d’initiateur et de membre fondateur de la Convergence Globale des Luttes pour la Terre et l’Eau en Afrique de l’Ouest (CGLTE-AO), dont il fait partie de la coordination régionale depuis juin 2015. Avec cette Convergence, au côté des ONGs et réseaux comme JINUKUN, ALCRER, WANEP, PASCiB, PNOPPA, FAEB, GEA, etc. (plus de vingt Organisations), SYNPA a prouvé son influence lors d’un sit-in organisé le 30 avril 2018 sur l’esplanade de l’Assemblée Nationale, ce jour où les députés allaient voter sans précautions l’adhésion du Bénin à la Convention de l’UPOV 1991. Les députés ayant compris le cri de cœur de la Convergence, ont retiré tout simplement le rapport sur l’UPOV de la plénière. SYNPA a joué un grand rôle dans cette action concernant l’UPOV.

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